La chute de Nekanakau

Segment 4

En route vers les hautes terres, le groupe remonta la Utshashumeku-shipiss vers Tshishkuepeu-nipi, puis Pepaukamau. Nekanakau, où la famille comptait passer le reste de l'automne à chasser et à trapper, n'était qu'à une journée de Pepaukamau. Les deux lacs font partie d'une chaîne de lacs aux sources du Nutapinuan-shipu* qui se jette dans l'océan Atlantique beaucoup plus à l'est.

Avant la fin octobre, les petits étangs étaient gelés, et il ne restait que quelques feuilles brunes sèches accrochées aux ushkuai (bouleaux) et aux atushpi (aulnes). Il y avait quelques centimètres de neige au sol, presque assez pour que l'on doive utiliser des raquettes.

Pien, Mishen et les autres hommes profitèrent de la faible couche de neige pour aller chercher quelques bouleaux afin de fabriquer des asham (raquettes). Ils espéraient bientôt pouvoir tuer des caribous, dont ils utiliseraient la peau pour faire le lacis des raquettes. Anishen, Aniet et les autres femmes du camp devraient nettoyer les peaux de caribou et en faire des pour le laçage.

Mishen aiguisait sa hache pour fabriquer de fines planches à partir d'un grand uatshinakan (mélèze) qu'il avait trouvé au bord d'un marais. Ces planches serviraient à fabriquer un nouveau shumin-utapanashku (toboggan).

Plusieurs jours plus tard, juste avant le coucher du soleil, Pashin fit irruption dans la tente de Shanut, où elle grattait une peau de castor pour la débarrasser de la chair. « Ma cousine », s'exclama-t-il avec un grand sourire de fierté, « j'ai tué mon premier caribou aujourd'hui au u ",2); ?> près de Mishtashini. Je l'ai eu d'un seul coup de feu. »

Shinipesht, Pien et Mishen arrivèrent au camp juste derrière Pashin. Chacun transportait dans son sac à dos une lourde charge de viande de caribou. « Beaucoup de viande pour nous nourrir pendant l'automne », disait Pien en essuyant la sueur de son front, « et nous avons laissé huit caribous sur des (plates-formes) dans le marais. Nous allons retourner les chercher demain. »

Pendant la plus grande partie de la semaine suivante, toutes les femmes et les filles du camp firent sécher la viande de caribou et la réduisirent en niueikanat (viande de caribou séchée et mise en poudre) à l'aide d'un mitunishan (pilon). Il fallait enlever la chair et les poils des peaux de caribou à l'aide d'un mitshikun (instrument d'écharnage) et d'un pishkuatshikan (grattoir à épiler). Shanut restait patiemment agenouillée près de sa grand-mère pendant que celle-ci retirait la fourrure de l'une des peaux. « Ma petite-fille, c'est ma propre grand-mère qui m'a montré comment faire et qui m'a donné ce pishkuatshikan . Je ne sais pas combien de peaux de caribou j'ai nettoyées avec cet outil, dit-elle. Un jour, je te le donnerai en cadeau. »

Tous les os des pattes de caribou avaient été soigneusement mis de côté sur le grand teshipitakan au centre du camp, pour les tenir hors de la portée des chiens. Il faut manifester en tout temps du respect au maître caribou, , en traitant correctement les os, la viande et la graisse de caribou.

Un matin, de bonne heure, Mishen, à titre de , rassembla avec soin tous les os sur une grande toile posée sur le plancher de sa tente. Là, il passa tout l'avant-midi à broyer les os des pattes de caribou à l'aide d'un mitunishan . La moelle blanche tendre et les petits bouts d'os broyés aboutirent tous dans une grande marmite d'eau bouillante sur le feu.

À un moment donné, tous les jeunes se rassemblèrent dans la tente. « Je fais attention de ne pas perdre de moelle, leur dit Mishen. Mais si un peu de moelle, d'os ou de viande tombe par terre, je les mets immédiatement au feu par respect pour Kanipinikassikueu.”

Plus tard au cours de la journée, Mishen retira du feu le bouillon chaud. Il ajouta un contenant plein de neige au bouillon pour le refroidir, afin que le gras ( atiku-pimi ) de la moelle se solidifie sur le dessus. À l'aide d'une mishtiku-emikuan (louche), il écuma le gras de la surface et le pressa pour former des pâtés semblables à de la cire. « Ce soir, ce sera le , dit-il en souriant. Nous allons manger le atiku-pimi et la viande de caribou que Kanipinikassikueu nous a donnés. Je vais jouer du tambour, et tous ceux qui le peuvent vont danser. »

Et c'est ce qui arriva. Il y eut une grande fête où tout le monde se réjouissait.

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