La chasse au caribou, à Tshinuatapish

Segment 1

Les chiens aboyaient, les gens riaient et un bruit régulier résonnait non loin – boum, boum, boum, boum. Les femmes et les filles les plus âgées du camp réduisaient la viande séchée de caribou en niueikanat",1); ?> qui serait ensuite stockée pour être mangée plus tard à l'automne.

Boum, boum : l'écho renvoyait le bruit d'un côté à l'autre du lac. La brume du petit matin persistait au-dessus de l'eau, mais les sommets des collines perçaient la brume et révélaient les brillants éclats rouges du thé du Labrador et les couleurs d'automne d'autres buissons.

Plusieurs tshinashkueutshuap (tipis) entouraient un grand shaputuan",2); ?> situé au milieu du camp. Chaque famille avait érigé un teshipitakan",3); ?> pour faire sécher la viande et tenir la nourriture et les vêtements hors de la portée des chiens.

La grand-mère, Anitshishkueu, et les jeunes enfants étaient partis cueillir des uishatshimina (grains rouges) et les derniers inniminana (bleuets) avant la venue de la neige.

Shimiu, sa famille et d'autres membres du groupe étaient à Tshinuatipish, sur le bord du lac , depuis le début septembre. « Que c'est merveilleux ici, songeait Shimiu, et que c'est passionnant de voir les hardes de caribous traverser le passage étroit devant le camp. »

Même s'il était satisfait de la vie sur les terres dénudées, Shimiu ressentait une profonde tristesse dans son cœur. « Oh, nishim Shutit me manque, se lamentait-il, cette petite me manque beaucoup. Elle avait tellement d'énergie. Elle ne se plaignait jamais lorsqu'il faisait froid, et elle faisait rire tout le monde avec ses grimaces et ses taquineries. » Shutit était morte de la mikusheun (rougeole) l'été précédent, alors qu'ils étaient au poste de traite de Utshimassit, et le les avait aidés à l'enterrer là-bas dans le cimetière.

Shimiu allait bientôt commencer sa première chasse au caribou avec les hommes. Son grand-père, , l'avait bien préparé à cet événement. « Mon petit-fils, ton père va s'asseoir à la proue du ush (canot), et toi au centre. Je vais pagayer à l'arrière. Nous allons nous diriger d'un côté du caribou, pendant que Nui et Antane viendront de l'autre côté, dit-il. Quand j'en donnerai l'ordre, ton père le visera à l'arrière, entre les omoplates, avec sa shimakan (lance).

« Mais il devra faire très attention, poursuivait-il. Il devra lire le langage gestuel du caribou. Si celui-ci nous regarde par derrière, c'est qu'il songe à la meilleure manière de nous donner un bon coup de patte ou de nous frapper de ses bois. »

La première fois, Shimiu fut choqué lorsque son père atteignit un caribou. Un énorme jet de sang lui trempa les bras et lui éclaboussa même le visage. À la fin de la chasse, le devant du canot était inondé du sang foncé du caribou.

Pendant qu'ils tiraient le caribou vers le rivage, Atika évoquait des souvenirs : « Il n'y a pas si longtemps, nous tuions beaucoup de caribous à l'est d'ici. Nous construisions des manikan (corrals) où nous dirigions les caribous afin qu'il soit plus facile de les atteindre à la lance. Mais nous n'avons pas eu besoin d'aller là-bas ces dernières années parce que nous avons pu attraper assez de caribous ici dans ce passage étroit. »

Un soir, ils célébrèrent le succès de la chasse d'automne par un joyeux makushan",7); ?> tenue dans le shaputuan . Le grand-père Atika jouait du tambour, pendant que tout le monde dansait en tournant dans le sens des aiguilles d'une montre autour de deux feux, au centre du bâtiment. La mère de Shimiu, Shanimen , dansait en mimant une perdrix, agitant les bras de haut en bas de chaque côté et faisant mine de voler autour du cercle. Son époux Kanikuen criait et riait, avançant d'un pas traînant et balançant les mains d'un côté à l'autre, comme s'il partageait la viande de caribou avec les membres du groupe.

Après la fin de la danse au son du tambour, la grand-mère Anitshishkueu raconta des histoires sur la rencontre avec des Innus du Sud, qui étaient venus à Mushuau-nipi chasser le caribou. Ils avaient troqué des raquettes et de la viande contre du thé, du tabac et des munitions. Atika, de son côté, raconta l'histoire de trois  Kakeshau (hommes blancs) têtus qui étaient arrivés à la fin septembre en demandant comment se rendre à . Ils n'avaient pas écouté les sages conseils qu'on leur avait donnés, et au printemps suivant, oncle Mishtauiapeu et tante Manishan avaient trouvé le corps de l'un d'entre eux près de la piste de Mishta-nipi.

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