Emish

Segment 4

Un matin, Shimiu et Shushepin jouaient sur la glace devant le camp. À tour de rôle, ils s'exerçaient à viser une cible avec leur uepanishinan « Vise ce rocher là-bas, près du rivage », cria Shimiu. Shushepin fit tourner de toutes ses forces la fronde dans laquelle elle avait mis une grosse pierre. La pierre fendit l'air en direction de Shimiu. Et VLAN! «  Kamatshishit ! » (diablesse), cria de douleur Shimiu. Shushepin l'avait atteint à la mâchoire, qui commença aussitôt à enfler. Les deux avaient peur de ce que leur mère dirait à leur retour, de sorte que Shimiu se couvrit la mâchoire d'une écharpe.

« Shimiu », lui demanda sa mère plus tard, « qu'est-ce que tu caches sous cette écharpe? Petute (viens ici)! Comment t'es-tu fait ça? » Quand Shimiu expliqua que c'était un accident, tout ce qu'elle put répondre fut : « Les enfants, vous allez finir par vous entretuer si vous ne faites pas plus attention. »

Ce soir-là, la famille mangea de la bannique et de l'omble fraîche que Kanikuen et les autres hommes avaient prise dans des filets qu'ils avaient tendus sous la glace. Shimiu avait presque terminé son repas lorsqu'il entendit un bruit à l'extérieur du tipi, en provenance de plus loin sur la baie. «  Eiuk , Eiuk , Eiuk , Eiuk . » Tout le monde se rassembla à l'extérieur du tipi pour savoir quelle était la source de ce son étrange.

Ils pouvaient voir au loin deux groupes de chiens qui couraient dans leur direction, avec de petits hommes minces glissant derrière eux. Les hommes commandaient aux chiens : «  Eiuk , Eiuk , Eiuk , tout droit, tout droit!  » Shimiu était complètement fasciné par la vitesse à laquelle ils allaient, même s'il y avait de la gadoue et de l'eau sur la glace.

En peu de temps, et son frère étaient devant eux avec leurs attelages de chiens. Pitshu et Nipishapui coururent se réfugier dans un tipi, car ils avaient toutes les raisons d'avoir peur de ces chiens à demi-sauvages et plus grands qu'eux. Les huskies de Shushepish firent toute une mêlée autour d'une carcasse de phoque en décomposition qu'ils trouvèrent sur la glace, et il fallut un bon moment à Shushepish pour parvenir à démêler leurs atim-utapaniapi (harnais).

Shushepish était marié avec la sœur de Shanimen et il était venu de Utshimassit pour traiter avec Mishti Uait. Il était extrêmement heureux de revoir la famille de son épouse. Ils passèrent de longues heures à échanger des nouvelles sur tout ce qui s'était passé depuis leur dernière rencontre.

Au crépuscule, le cri des outardes traversait la baie. On alluma les bougies dans les tipis et on prépara les lits le long des bords du tipi de Shimiu. « Si nous sommes tranquilles et respectueux, peut-être que grand-père Atika nous racontera une ce soir », lui dit sa mère.

Et c'est exactement ce qui arriva. Les bûches secs d'épinette craquaient et éclataient en brûlant dans l'âtre, la lumière des bougies jouait avec les ombres sur les murs du tipi, et chacun essayait de ne pas trop bouger pendant qu'Atika racontait une autre de ses histoires.

Quelle histoire raconta-t-il? Était-ce celle de Kuekuatsheu le fou, de l'héroïque Tshakapesh, du grand-père Mishtapeu ou de l'invincible Kaianuet? Nous répondrons à cette question un autre jour.

C'est le nom d'une personne qui a réellement existé. Shushepish, aussi appelé Shushep Rich ou Joe Rich, est né dans la région de Utshimassit (Davis Inlet). Les anthropologues, William Duncan Strong, Alika Podolinsky Webber et, Georg Henriksen l'ont bien connu. Il était reconnu comme un grand conteur et un expert de la culture innue.

De manière générale, les histoires innues se divisent en deux catégories : les - tipatshimun a et les atanukan a. Les tipatshimun a portent sur des événements réels de la vie de personnes innues, vivantes ou décédées, alors que les atanukan a évoquent la création du monde et des événements qui remontent à une époque où les humains et les animaux pouvaient communiquer et avoir des relations sociales entre eux.

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